Architecture
Messieurs Alexandre Pierre HAMME et Ernest LAUNAY devant le Château de VIRÉ en 1866.
(tableau signé G. BAUDRY)
Le porche (Cl. M. H.)
Le porche soutenait à l’origine la bascule du pont-levis, dont il laisse toujours apparaître les saignées pour les bras. D’une facture différente du reste de la construction, il se compose d’un arc entre piles, en plein cintre à l’intérieur, segmentaire à l'extérieur, portant un entablement horizontal à niche centrale carrée, d’un fronton interrompu à pointes latérales sur lequel on pouvait encore lire au début du XXè siècle la devise «SINE MACULA» (sans tache). L’ édicule sommital, ouvert sur ses quatre faces, est surmonté d’un dôme quadrangulaire soutenu par quatre petits arcs en plein cintre sur colonnes.
Ce porche fait penser à la Fontaine-des-Innocents à Paris taillée en 1549 par Jean Goujon (1510-1569), ce qui lui vaut d’être attribué à Germain Pilon (1528-1590), originaire de Loué mais ayant vécu principalement à Paris. Tous ces éléments semblent permettre de le dater de l’époque de Hierosme de la Vayrie (1530-1557).
En ce temps là, on construit les derniers châteaux féodaux en Aquitaine alors que le Val-de-Loire voit l’arrivée en force de la Renaissance. L’architecture est alors le point de convergence des besoins défensifs rémanents et des aspirations esthétiques naissantes: ce porche en est un parfait résumé.
Le donjon (Cl. I.S.M. H. )
Comme souvent pour les sites fortifiés, un éperon naturel, dominant ici la petite vallée du Treulon, a été aménagé. Un château féodal y est construit vers la fin du XIè siécle par FROMOND de VIRÉ, seigneur des lieux. Le promontoire est nivelé et creusé de douves. Le château se compose alors d’un énorme donjon carré de cinq niveaux à l’angle sud-est, complété de trois tours secondaires et de remparts formant un plan carré. Les parties basses des constructions de cette époque laissent apparaître en alternance dans les angles des pierres “le roussard“, bien reconnaissables à leur couleur brun sombre. Celles que l’on retrouve dans les soubassement de la chapelle sont certainement des pierres de réemploi provenant du démentèlement de la tour nord-est. Le culot d’une poivrière, vestige d’un escalier d’accès aux étages supérieurs, permet de penser que la tour nord-ouest était plus haute que les deux autres.
Des douves profondes, aujourd’hui en partie comblées, défendent trois côtés, le côté ouest étant protégé par un à-pic naturel. Un mur à archères entoure une cour intérieure, transformant les fossés latéraux en culs-de-sac.
La halte du connétable Bertrand Du Guesclin, en novembre 1370, atteste de l’importance du site.
A la fin du XVè siécle, le donjon est rabattu de trois niveaux (soit de plus de vingt mètres) par Pierre de Courthardy qui commence la transformation du château tel qu’il nous apparait aujourd’hui. On peut encore voir le culot du petit escalier qui menait à la chambre de guet et sans doute au chartrier.
Deux travées de croisées et demi-croisées, qui semblent nous être parvenues dans leur état d’origine, ouvrent le pignon est alors qu’au sud, la majeure partie de la façade est aveugle.
Une tour d’escalier octogonale, dont trois côtés sont enchassés dans la construction ancienne, apparait sur la façade côté cour et l’angle rentrant est fermé par une belle échaugette sur trompe, voûtée d’ogives en pénétration . En 1842, Pesche précise dans son dictionnaire que cette tour était couverte d’une toiture en poivrière qui a été supprimée depuis, tout comme le couronnement de pierre et les machicoulis.
Au XIXè siècle, lors de la grande restauration (cf. le projet p. 23), toutes les pierres sculptées de la porte d’entrée et du culot de la poivrière ont été remplacées par un appareillage de pierre prêtes à être sculptées et sont restées en l’état.

Le projet de 1883
Messieurs Ernest LAUNAY et Alexandre Pierre HAMME projettent de poursuivre leur réhabilitation du Château de Viré et en chargent
l'architecte Marie Louis VÉRITÉ, qui signe un ambitieux projet : le
rehaussement du donjon par un troisième étage surmonté d'une immense toiture
qui, bien que dans le goût du XIXè siècle, n'aurait pas manqué d'allure. Les chagrins qui ont marqués
la fin de vie d'Alexandre Pierre HAMME
en empêchèrent sans doute la réalisation.

 

 


* Ce document (ici à 25%) a hélas été emprunté aux archives du château et non restitué à ce jour. Merci de nous donner toute indication dont vous auriez connaissance à ce propos.

Ce projet est toutefois intéressant
car il permet de distinguer les parties anciennes des parties reconstruites en copie d'éléments existants, ce que la qualité d'exécution ne rend pas facile à déceler.
On découvre ainsi que la lucarne de droite du côté ouest a servi de modèle
à la grande lucarne sud, que la fenêtre
la plus haute de la tour octogonale
était prévue à l'identique de celle d'en dessous, et que le couronnement en archères flanqué de gargouilles date bien du XIXè, si tant est que l'on
puisse en douter. Les parties plus colorées permettent de distinguer les
zones concernées par ce projet de restauration et, par conséquent,
les zones plus anciennes.

Le corps de logis (Cl. I.S.M.H.)
Les modifications exécutées entre 1491 et 1505 (démolition des étages supérieurs du donjon, percement des croisées et construction de la moitié du corps de logis comprenant notamment le grand salon) doivent être attribuées à Pierre de Courthardy, premier du nom . Le doublement du donjon vers l’ouest est peut-être antérieur ainsi que la construction de la tour hexagonale sud-ouest, dont la porte ogivale au pied de l’escalier à noyau plein donne accès à la terrasse ouest ( Pesche la date du XIIIè siècle ?) .
Les différences de niveaux perceptibles dans la circulation intérieure, les nuances de traité des ouvertures et des machicoulis et les styles différents de deux maîtres charpentiers laissent à penser que cette première tranche de travaux s’est arrétée au mur de refend de la cheminée centrale d’époque gothique, qui porte déjà les armes de la descendance de Pierre de Courthardy, dont le décès prématuré a sans doute interrompu les travaux pour quelque temps (cf. simulation infographique ci-contre).
La vague esthétique de la Renaissance, particulièrement forte sur les pays de Loire, emboitant le pas à la pacification, modifie les besoins et explique les évolutions suivantes qui vont se succéder à un rythme accéléré. Elles comprennent le doublement du corps de logis vers le nord, puis l’élargissement et la surélévation de la toiture supprimant l’accès aux machicoulis devenus inutiles, ainsi que la construction des lucarnes tant sur les anciennes parties que sur les nouvelles. Cette deuxième tranche appartient donc à l’époque du veuvage de Renée de Lartigné et de son fils Pierre de Courthardy, c’est à dire au tout début du XVIè siècle.
La lucarne principale côté est possède le décors le plus complet : chevronnières à crochets, fleurons et animaux en ronde-bosse en amortissement. Bien que l’une des chimère porte les armes du premier Pierre de Courthardy, elle fait partie des ajouts du XIXè qui, fort heureusement ont englobé tout en la conservant l’architecture du XVè, bien distincte. En effet, les parties XVè en pierre de couleur crème sont cernées par les pierres grises de Bernay du XIXè laissant voir l’ornement des chambranles dont les moulures se terminent par des sortes de petits trophés ainsi que les accolades des frontons finissant en fleurs de pierre visibles au centre des frontons réhaussés.
On peut regretter l’ajout (non daté, mais sans doute du XVIè, au regard des trois volées de croisées simple) de la tour carré venant enchasser l’élégante tour hexagonale du XVè en comblant l’angle rentrant et, qui plus est, a été recouronnée au XIXè à partir de la croisée la plus haute, avec crénaux et gargouilles
Les modifications exécutées entre 1491 et 1505 (démolition des étages supérieurs du donjon, percement des croisées et construction de la moitié du corps de logis comprenant notamment le grand salon) doivent être attribuées à Pierre de Courthardy, premier du nom . Le doublement du donjon vers l’ouest est peut-être antérieur ainsi que la construction de la tour hexagonale sud-ouest, dont la porte ogivale au pied de l’escalier à noyau plein donne accès à la terrasse ouest ( Pesche la date du XIIIè siècle ?) .
Les différences de niveaux perceptibles dans la circulation intérieure, les nuances de traité des ouvertures et des machicoulis et les styles différents de deux maîtres charpentiers laissent à penser que cette première tranche de travaux s’est arrétée au mur de refend de la cheminée centrale d’époque gothique, qui porte déjà les armes de la descendance de Pierre de Courthardy, dont le décès prématuré a sans doute interrompu les travaux pour quelque temps (cf. simulation infographique ci-contre).
La vague esthétique de la Renaissance, particulièrement forte sur les pays de Loire, emboitant le pas à la pacification, modifie les besoins et explique les évolutions suivantes qui vont se succéder à un rythme accéléré. Elles comprennent le doublement du corps de logis vers le nord, puis l’élargissement et la surélévation de la toiture supprimant l’accès aux machicoulis devenus inutiles, ainsi que la construction des lucarnes tant sur les anciennes parties que sur les nouvelles. Cette deuxième tranche appartient donc à l’époque du veuvage de Renée de Lartigné et de son fils Pierre de Courthardy, c’est à dire au tout début du XVIè siècle.
La lucarne principale côté est possède le décors le plus complet : chevronnières à crochets, fleurons et animaux en ronde-bosse en amortissement. Bien que l’une des chimère porte les armes du premier Pierre de Courthardy, elle fait partie des ajouts du XIXè qui, fort heureusement ont englobé tout en la conservant l’architecture du XVè, bien distincte. En effet, les parties XVè en pierre de couleur crème sont cernées par les pierres grises de Bernay du XIXè laissant voir l’ornement des chambranles dont les moulures se terminent par des sortes de petits trophés ainsi que les accolades des frontons finissant en fleurs de pierre visibles au centre des frontons réhaussés.
On peut regretter l’ajout (non daté, mais sans doute du XVIè, au regard des trois volées de croisées simple) de la tour carré venant enchasser l’élégante tour hexagonale du XVè en comblant l’angle rentrant et, qui plus est, a été recouronnée au XIXè à partir de la croisée la plus haute, avec crénaux et gargouilles